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  1. Orientation en matière de nutrition à l’intention d’une population multiculturelle : l’importance des compétences culturelles

Orientation en matière de nutrition à l’intention d’une population multiculturelle : l’importance des compétences culturelles

De nos jours, un des plus grands défis que doivent relever les professionnels de la nutrition d’aujourd’hui est de communiquer efficacement avec une population nationale de plus en plus diversifiée. Il est reconnu sans équivoque que la culture joue un rôle déterminant en ce qui a trait à notre façon de s’alimenter, à nos attitudes et à nos comportements. Être en mesure d’afficher une compétence multiculturelle présuppose le développement d’une sensibilité à l’égard des différences culturelles qui existent entre nous et l’autre, qu’il s’agisse de sexe, d’âge, de religion, de race ou d’ethnie, d’éducation ou de revenu. Pour les professionnels de la nutrition, il s’agit de connaître les aliments et les habitudes alimentaires qui ont une signification culturelle particulière et d’être en mesure d’intégrer ce savoir aux interventions et aux messages destinés à promouvoir des changements souhaitables sur le plan de la santé et des comportements. Le fait d’exercer une certaine compétence culturelle, de témoigner du respect à l’endroit des pratiques et coutumes alimentaires d’une personne et de parvenir en cela à établir une relation de confiance avec celle-ci peut aider le professionnel de la nutrition à faciliter chez tous ses patients et clients l’instauration de changements salutaires concernant ses habitudes en matière d’alimentation et d’exercice.

Tendances démographiques

Le Recensement de 2006 démontre que la population du Canada a crû rapidement et que cette croissance est due principalement à l’immigration internationale1. Selon le Recensement de 2001, les Canadiens et Canadiennes nés à l’étranger représentaient presque 20 % de la population, avec une croissance marquée d’immigrants en provenance de la Chine, des Philippines et de l’Amérique du Sud2-3. Compte tenu de la diversité de la population canadienne, les professionnels de la nutrition doivent être compétents sur le plan culturel s’ils veulent être en mesure d’offrir les meilleurs soins possibles à leurs patients.

Disparités en matière de santé

Malgré notre système de santé universel, les membres de la population canadienne ne profitent pas tous également des avancées en matière de soins de santé. Par exemple, chez les nouveaux Canadiens, les membres des Premières nations et les Inuit, ces écarts se reflètent dans les taux de mortalité, l’incidence des maladies chroniques et l’accessibilité aux soins. Ces différences peuvent être attribuées à un grand nombre de facteurs, dont les aspects socioéconomiques et environnementaux, les barrières linguistiques et/ou les attitudes culturelles face aux soins médicaux. Santé Canada travaille actuellement à atténuer les différences qui existent en matière de santé entre les Premières nations, les Inuit et les autres Canadiens. L’accent est mis sur les priorités de santé de la petite enfance, sur les mesures visant à contrecarrer les principales menaces à la santé des Autochtones — telles que le diabète et les maladies transmissibles — ainsi que sur le soutien des services et partenariats de santé efficaces dans les collectivités des Premières nations et les communautés inuit4.

Acculturation alimentaire

Le fait d’émigrer dans un nouveau pays entraîne souvent une transformation prononcée des habitudes de vie et de l’environnement chez la personne concernée, phénomène qui s’accentue avec son acculturation. Certains anthropologues définissent l’acculturation — ce qui comprend les adaptations liées à l’alimentation — comme étant l’échange des habitudes culturelles qui survient lorsque des groupes se côtoient de façon continue. Les deux cultures se transforment, mais les groupes ne se fondent pas l’un à l’autre5.

L’accès à l’abondance de nourriture et l’adoption des habitudes alimentaires nord-américaines peuvent mener à des régimes plus riches en protéines, en lipides et/ou en calories et potentiellement plus pauvres en fruits et en légumes que ce à quoi les nouveaux arrivants ont été habitués dans leur pays d’origine. Cela peut augmenter les risques de maladies chroniques. Une récente étude américaine semble indiquer une corrélation chez les immigrants entre le nombre d’années passées aux É. U. et l’élévation de l’indice de masse corporelle après dix ans de résidence6. Les professionnels de la nutrition peuvent jouer un rôle important dans le phénomène d’acculturation en établissant dans quelle mesure les interventions sur les habitudes de vie devraient mettre l’accent sur la préservation des saines habitudes alimentaires traditionnelles, sur l’adoption des aspects bénéfiques de l’alimentation en Amérique du Nord et sur la promotion des régimes appropriés d’activité physique qui aideront à prévenir la prise de poids et les maladies chroniques7.

Formation multiculturelle

Bien qu’il serait idéal que les professionnels de la santé et leurs clients soient appareillés sur le plan culturel, la pratique nous enseigne que la plupart des fournisseurs de soins de santé peuvent apprendre à subvenir aux besoins particuliers des différents groupes culturels8. Les professionnels de la santé qui reçoivent une formation multiculturelle arrivent en effet à surmonter les barrières culturelles et à traiter leurs patients avec une plus grande efficacité.

La formation peut se faire par le biais d’un auto-apprentissage, d’un cours ou d’un atelier sur les aliments particuliers à une variété de cultures (dont le choix, la préparation et l’entreposage), les habitudes et coutumes alimentaires, ainsi que les comportements et le langage afférents à la santé (dont le langage corporel). La formation doit mettre l’accent sur la sensibilisation à l’expérience et au contexte culturel des personnes qui reçoivent les services. Par exemple, un grand nombre de Canadiens et de Canadiennes pourront tirer parti de renseignements en matière de nutrition, notamment en ce qui concerne la taille des portions et la lecture de l’information nutritionnelle inscrite sur les emballages. Le repérage de réseaux de distribution appropriés au sein des différentes communautés est aussi une façon de diffuser des renseignements adaptés sur le plan culturel à propos de la nutrition et de la santé.

S’alimenter au Canada : coup d’œil sur une population aux multiples cultures

Le tableau suivant met en relief certaines habitudes alimentaires particulières à trois groupes culturels distincts, répertorie les problèmes de santé qui y sont associés, donne des explications sur le plan diététique et propose des stratégies d’approche4,9-13.

Groupe culturel Habitudes alimentaires Problèmes de santé associés Explication sur le plan diététique Stratégies
AsieLes régimes traditionnels varient beaucoup selon le pays et la région d’origine. Entre autres aspects communs, mentionnons : régime axé en grande partie sur le riz, les légumes et les fruits; ingestion réduite de produits laitiers sauf pour la crème glacée ou le yaourt, dans une certaine mesure; les protéines proviennent principalement du poisson, du porc et de la volaille, ainsi que des noix, des légumineuses et/ou du tofu; la nourriture est sautée, cuite à la vapeur, sur le gril, en friture profonde, au four ou bouillie.Certains types de cancer, ostéoporose et infarctus; intolérance au lactose; les risques de maladies coronariennes, de diabète et d’obésité augmentent avec l’acculturation alimentaireLe régime dans son ensemble peut être pauvre en calcium, et riche en glucides et en sodium.Soutenir la variété.
Évaluer l’ingestion de calcium et, si elle est insuffisante, suggérer d’autres sources alimentaires de calcium.
Donner des conseils pour diminuer l’ingestion de sodium.
Premières nations, Inuit et MétisLes aliments traditionnels varient selon les régions. Le régime sera aussi différent selon que les personnes sont en ville, à la campagne ou sur une réserve, et en fonction de l’emplacement géographique. Entre autres aspects communs, mentionnons : viandes traditionnelles, gibier et poisson; baies sauvages; pain bannock. Les communautés du Nord dépendent en partie des conserves, des légumes et fruits surgelés, ainsi que du lait en poudre ou en boîte, compte tenu de la rareté des aliments frais et de leur prix élevé (transport oblige).Incidence élevée de diabète (surtout de diabète de type 2 chez les enfants); obésité; abus de substances psychoactives; maladies coronariennes et infarctus; maladies transmissibles; espérance de vie raccourcie; intolérance au lactose. Le piètre accès aux services de soins de santé fait aussi partie des préoccupations.Régime riche en glucides raffinés, en lipides saturés et en sodium.Soutenir la consommation d’aliments traditionnels. Mettre l’accent sur les mérites nutritionnels des produits en boîte et des produits surgelés, et des produits laitiers en boîte ou en poudre. Évaluer l’ingestion de calcium et, si elle est insuffisante, suggérer d’autres sources alimentaires de calcium. Faire connaître la publication Bien manger avec le Guide alimentaire canadien - Premières Nations, Inuit et Métis en tant qu’outil de référence.
Asie du SudLes régimes traditionnels varient beaucoup selon le pays et la région d’origine. Entre autres éléments communs, mentionnons : le riz, les lentilles, les épices, les caris, le ghee (beurre clarifié), le panir (fromage), la farine de blé entier et le yogourt. Les méthodes de préparation de la nourriture largement utilisées sont la macération, la friture et la cuisson au four. Dans certaines régions, le végétarisme fait partie des traditions.Incidence élevée de maladies cardiovasculaires, de l’hypertension, de l’obésité abdominale et du diabète.Régimes riches en lipides saturés.Préserver les habitudes alimentaires culturelles saines, telles que le recours systématique aux glucides complexes.
Suggérer des modifications aux plats traditionnels afin de réduire l’ingestion de lipides.
Encourager la consommation de produits laitiers allégés, de viandes maigres, de légumes et de fruits frais, et de lipides sains.
Offrir des stratégies pour la pratique d’un végétarisme sain.
Offrir des stratégies pour encourager une perte de poids modérée et le recours à de l’activité physique de moyenne intensité.

Surmonter les barrières culturelles

Les conseils visant à promouvoir une saine alimentation sont souvent perçus comme une incitation à abandonner les aliments familiers ou traditionnels et à se conformer aux habitudes alimentaires de la culture dominante. Les professionnels de la nutrition sont chargés de franchir cette barrière, ce qui signifie qu’ils doivent rendre leurs conseils nutritionnels pertinents sur le plan culturel lorsqu’ils essaient d’aider leurs clients à adopter des habitudes alimentaires saines. Cela se traduit souvent par une adaptation des messages nutritionnels et par l’élaboration d’approches flexibles en matière d’éducation et de conseils.

Les communications portant sur la nutrition pourront compter sur certains outils mis au point ou adaptés à cet effet par différents pays, organismes ou groupes ethniques (p. ex., des tableaux tirés de guides alimentaires). Ces outils éducationnels tiennent compte des cuisines propres aux ethnies et/ou des différents types d’alimentation (p. ex., le régime végétarien) tout en démontrant comment le régime global peut être rodé pour réaliser certains objectifs en matière de santé. Par exemple, Santé Canada a mis au point une guide alimentaire à l’intention des groupes autochtones (voir Autres ressources). La prestation de conseils pratiques visant à amener de petits changements quant à la sélection et à la préparation des aliments tout en permettant aux principaux intéressés de garder les pratiques alimentaires propres à leur culture peut grandement améliorer l’acceptation de comportements favorables en matière de santé et la probabilité de résultats positifs en la matière14.

Outre la résistance à la modification des habitudes alimentaires, on constate souvent des barrières culturelles face à l’exercice. Les professionnels de la santé peuvent amener leurs clients à s’adonner à la dose d’activité physique voulue en évaluant leurs intérêts et en suggérant des objectifs pertinents sur le plan culturel. Par exemple, le fait de se familiariser avec les ressources locales offertes dans la communauté — dont les cours, les événements et les installations —, peut aider à surmonter certaines barrières telles que le coût, la langue et le sentiment de non appartenance.

Les stratégies pour venir à bout des barrières linguistiques et culturelles en matière de soins peuvent comporter le recours à des fournisseurs bilingues, à des agents de santé communautaire bilingues/« biculturels », à des interprètes et à de la documentation papier traduite15. Certaines stratégies fonctionneront mieux dans certains contextes, alors que d’autres peuvent être appliquées globalement et convenir à tous les contextes.

Bibliographie

  1. Statistique Canada. Portrait of the Canadian Population in 2006: Highlights. 13 avril 2007. [en ligne]. http://www12.statcan.ca/english/census06/analysis/popdwell/
    highlights.cfm
    .
  2. Statistique Canada. Immigrant Status by Period of Immigration, Percentage Distribution, for Canada, Provinces and Territories - 20% Sample Data. [en ligne].http://www12.statcan
    .ca/english/census01/products/highlight/Immigration/Page.cfm?
    Lang=E&Geo=PR&View=1&Code=0&Table=2&StartRec=1&
    Sort=2&B1=Distribution
    . Consulté le 19 juin 2007.
  3. Statistique Canada. Visible Minority Groups, 2001 Counts, for Canada, Provinces and Territories - 20% Sample Data. [en ligne].http://www12.statcan.ca/english/census01/products/highlight
    /Ethnicity/Page.cfm?Lang=E&Geo=PR&View=1&Table=1&Start
    Rec=1&Sort=2&B1=Counts
    . Consulté le 19 juin 2007.
  4. Santé Canada. First Nations and Inuit Health. 8 juin 2007. [en ligne].http://www.hc-sc.gc.ca/fnih-spni/index_e.html.
  5. Kottak CP. Cultural Anthropology. New York: McGraw-Hill Inc. 1994.
  6. Goel MS, McCarthy EP, Phillips RS, Wee CC. Obesity among U.S. immigrant subgroups by duration of residence. JAMA. 2004; 292:2860-7.
  7. Satia-Abouta J, Patterson RE, Neuhouser ML, Elder J. Dietary acculturation: Applications to nutrition research and dietetics. J Am Diet Assoc. 2002; 102:1105-18.
  8. University of Florida. Cultural training increases competence of nonminority psychologists. 21 janvier 2004. [en ligne].http://www.namimass.org/news/news04/ad0201c.htm.
  9. Kittler PG, Sucher KP. Food and Culture in America: A Nutrition Handbook. Albany, NY: West/Wadsworth Publishing, 1998.
  10. The American Dietetic Association. American Diabetes Association. Ethnic and Regional Food Practices: A Series (Soul and Traditional Southern, Mexican American, Chinese American). Chicago: American Dietetic Association, 1995-98.
  11. Ohio State University Extension. Fact Sheets: Cultural Diversity: Eating in America: Asian. Available at: http://ohioline.osu.edu/hyg-fact/5000/5253.html. Accessed December 13, 2004.
  12. Gupta M, Singh N, Verma S. South Asians and Cardiovascular Risk. Circulation. 2006; 113:924-9.
  13. Santé Canada. Eating Well with Canada’s Food Guide: First Nations, Inuit and Métis. [en ligne].http://www.hc-sc.gc.ca/index-fra.php. Consulté le 19 june 2007.
  14. Painter J, Rah JH, Lee YK. Comparison of international food guide pictorial representations. J Am Diet Assoc. 2002; 102:483-9.
  15. HHS Fact Sheet: Eliminating Minority Health Disparities. The Initiative to Eliminate Racial and Ethnic Disparities in Health. U.S. Department of Health and Human Services. http://www.omhrc.gov/rah/index.htm. Accessed December 13, 2004.

Autres ressources

Centre de santé communautaire du Centre-ville. The Diabetes Food Guide to Healthy Eating.
http://www.centretownchc.org/ (en anglais seulement)

Citoyenneté et Immigration Canada. Projet de profils culturels. http://www.cp-pc.ca/french/index.html

Les diététistes du Canada. Vegetarian Food Guide Rainbow.
http://www.dietitians.ca/news/downloads/vege_guide(EN).pdf (en anglais seulement)

Santé Canada. Bien manger avec le Guide alimentaire canadien. http://hc-sc.gc.ca/fn-an/food-guide-aliment/index_f.html.

Santé Canada. Bien manger avec le Guide alimentaire canadien - Premières Nations, Inuit et Métis. http://hc-sc.gc.ca/fn-an/food-guide-aliment/fnim-pnim/index_f.html

Stein K. Cultural literacy in health care. J Am Diet Assoc. 2004; 104:1657-9.

Toronto Public Health. Guide to Understanding Halal Foods.
http://www.toronto.ca/health/pdf/nm_halal.pdf (en anglais seulement)

University de Calgary. Diversity ToolKit. http://www.ucalgary.ca/~dtoolkit/index.htm (en anglais seulement)




Auteure originale de l’article publié aux États-Unis : Betsy A. Hornick, MS, RD
  • A été ajouté à titre de collaborateur dans la dernière version en raison des modifications considérables faites par le comité consultatif, notamment en raisoin des commentaires de Ceil Maher.
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