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Vivre avec un diabète de type 2 – La première année

Moi, diabétique?

Rester actif pose certains défis quand on pratique le métier très sédentaire de journaliste-pigiste. Pourtant, à 60 ans, j’avais l’impression de mener une vie saine. J’avais une alimentation assez équilibrée, je ne fumais plus depuis une vingtaine d’années, je faisais régulièrement de l’exercice — vélo, marche, nage et ski de fond — et j’étais un fervent praticien et maître d’aïkido, cet art martial japonais d’autodéfense. Lorsque nous nous sommes rapprochés de la campagne, j’ai été contraint d’abandonner la pratique régulière de l’aïkido et de faire plus de place à mes autres exercices de prédilection. Je ne m’étais jamais préoccupé du diabète, car l’historique médical de ma famille n’en présentait aucun cas.

L’examen médical annuel que je passai en automne 2005 ne présagea rien de ce qui allait m’arriver un an plus tard. Mon docteur me fit toutefois remarquer que j’avais pris presque sept kilos (15 livres) autour de la taille, et ce, malgré mon activité physique assidue, et que je devrais tâcher de perdre du poids. Quant à moi, je n’avais qu’une récrimination, commune à nombre de sexagénaires, et c’était d’avoir de l’arthrite aux pieds. Le recours à des orthèses s’avéra bénéfique, mais mon goût pour les longues promenades et le jogging s’estompa. Je restais néanmoins convaincu que je menais une vie saine, d’où ma grande surprise lorsqu’on m’annonça le diagnostic.

Diagnostic : Les choses commencèrent à se gâter à l’été 2006. Avec du recul, je réalise qu’il y avait alors beaucoup de tension dans l’air. Au cours de la dernière année, j’avais augmenté ma consommation de fruits. En fait, je me rappelle que ma femme me faisait des commentaires sur la quantité de fruits que j’avalais. Durant l’été chaud de cette année-là, je devins de plus en plus friand de fruits semi-surgelés. J’avais la bouche sèche et j’essayais d’étancher ma soif en buvant beaucoup de boissons froides et en mangeant des fruits surgelés à profusion. Par conséquent, je constatai que mes visites aux toilettes au petit matin étaient plus fréquentes qu’auparavant.

Le deuxième symptôme que je remarquai fut qu’il m’était désormais difficile de lire du texte sur un écran de télévision, même avec mes verres correcteurs. La modification de la vision, la soif, la bouche sèche, le besoin plus fréquent d’uriner, l’appétit accru pour les fruits, tout ne semblait-il pas pointer vers cela? Je me mis donc à vérifier mes symptômes sur Internet, mais restai convaincu qu’il devait s’agir d’autre chose que le diabète, car ma famille n’avait aucun antécédent à ce chapitre. Or, j’étais mûr pour un autre examen médical annuel.

Mon examen s’est déroulé le 9 août. À 19 h, le même jour, je reçois un appel de mon médecin.
« Dennis, tu as le diabète de type 2. Je vais te donner une ordonnance pour de la métformine afin de contrôler ta glycémie (taux de sucre dans le sang). Tu dois t’en procurer immédiatement. Prends rendez-vous avec moi demain, j’ai à te parler. »
J’ai d’abord été dans le déni : « Êtes-vous certain qu’il ne s’agit pas d’autre chose? »
« Dennis, ta glycémie est dans les deux chiffres. Tu verras, tu seras capable de t’adapter. »
J’ai annoncé la nouvelle à ma femme. Elle était tout aussi surprise que moi, mais s’est montrée très encourageante. Elle m’a écouté pester jusqu’à la pharmacie.

Acceptation : Qu’est-il arrivé ensuite? L’acceptation du diagnostic signifiait pour moi qu’il fallait que je devienne proactif. J’ai poursuivi mes recherches sur Internet. J’ai appris que le diabète de type 2 pouvait signifier que le pancréas ne produit pas assez de cette hormone qu’on appelle l’insuline ou qu’il ne fait pas bon usage de l’insuline qu’il produit. Les conséquences de ne pas contrôler sa glycémie peuvent être graves et entraîner une cardiopathie, la perte de membres et la cécité. Dans l’intervalle, ma femme s’est procuré des livres de recettes pour le diabète. La cuisine est son passe-temps. Elle a donc considéré comme un défi de confectionner des repas nutritifs et savoureux à l’intention des diabétiques.

Tisser des liens : J’ai appelé un ami diabétique pour lui faire part de la nouvelle. Il s’agissait d’une étape importante du processus d’acceptation. Mon ami sait qu’il a un diabète de type 2 depuis qu’il a 40 ans. Pendant les 19 premières années, il a pris le même médicament que ce que le médecin m’a prescrit, mais prend désormais de l’insuline. Il a dû subir un triple pontage et on l’a récemment déclaré aveugle. Ces conséquences sont plus que de simples mots : elles sont des menaces réelles pour ceux qui n’observent pas un régime serré. Dans le cas de mon ami, il ne s’est astreint à un régime plus strict qu’une fois passé l’âge de 55 ans. Il a un sens de l’humour incomparable et m’a fait comprendre que je m’en tirerais bien, pour peu que je fasse quelques modifications : « Laisse tomber une partie de ces sucreries que tu affectionnes, renonce à la bière et force considérablement le pas quand tu danses pour arriver à brûler ces calories. »

Le fait de parler avec d’autres amis diabétiques a été à la fois utile et réconfortant. J’ai appris comment ils s’y prenaient pour gérer leur affection. J’ai réalisé que je n’étais pas seul. Ces conservations m’ont aidé à accepter ma nouvelle condition irréversible.

Connaissance et alimentation : Une franche discussion avec mon médecin de famille au sujet de mes symptômes et de mes résultats de tests nous a permis d’élaborer un plan d’action. J’allais entre autres devoir subir des tests sanguins supplémentaires, faire une visite au centre d'enseignement du diabète local et fixer un rendez-vous avec un spécialiste de la question (un endocrinologue) affilié au centre. Le but de toutes ces démarches était de ramener ma glycémie à un niveau normal, soit à 7 mml avant un repas, et de l’empêcher de grimper dans les nuages 2 à 3 heures après. Au centre, ma femme et moi avons rencontré deux éducateurs en diabète et nous avons examiné mes habitudes de vie sous l’angle de l’alimentation et de l’exercice physique. Comme elle a depuis toujours été aux prises avec un problème de poids, ma femme était bien informée de l’importance de considérer la grosseur des portions, de calculer les calories et d’opter pour certains aliments plutôt que d’autres, comme, par exemple, de consommer du pain de blé entier ou de grains entiers plutôt que du pain blanc. J’ai dit au revoir aux aliments riches en sucre, tels que les boissons riches en sucre, les raisins et autres fruits secs. La transition a été plus difficile pour les desserts. J’ai donc appris à faire du pain aux bananes avec un édulcorant et j’ai découvert une délicieuse recette Kraft — le Gâteau fourré aux petits fruits — qui fait la part belle aux bleuets et aux framboises. Je peux encore savourer une tranche de mon gâteau aux carottes préféré, à condition que la portion soit plus modeste.

Ma femme et moi sommes devenus des lecteurs assidus des étiquettes, toujours curieux que nous sommes de connaître les teneurs en glucides, en fibres et en calories des aliments. Cette information est d’une très grande utilité pour faire des choix alimentaires judicieux. Le fait d’informer la personne qui fait les courses de ces changements de régime les rendra sympathiques à votre combat et vous aidera à vous adapter à votre état.

Pour suivre mes progrès de près, je me suis procuré, avec une ordonnance de mon médecin, cet appareil de mesure que l’on appelle un glucomètre. J’ai également commencé un journal afin de tenir compte de mes repas quotidiens et de ma glycémie, question d’avoir des points de repère. Le contenu de notre garde-manger a été modifié : les pâtes ordinaires ont dû laisser leur place aux pâtes de blé entier et aux pâtes aux épinards, les tortillas à la farine blanche ont été remplacées par leur pendant au blé entier, les fromages avec moins de calories ont pris le pas sur nos fromages habituels.

Style de vie : Une routine d’exercices réguliers est devenue une part essentielle de mon plan d’action pour m’aider à perdre du poids et à ramener ma glycémie à un niveau normal. Ma routine signifie désormais que je vais promener le chien plus souvent, que je fais de 45 à 50 minutes de vélo d’exercice par jour, en plus de recourir au Total Gym ainsi qu’aux poids et haltères. En hiver, le pelletage de l’entrée est une bonne occasion de se mettre en mouvement, tout indiqué comme activité du matin ou du midi. J’ai sorti mes skis de fond des boules à mites. L’été, mes randonnées à bicyclette ou mes longues marches sont pur bonheur, et mes escapades à Toronto pour pratiquer l’aïkido, de vraies gâteries. Le matin, j’exécute aussi une série d’exercices d’étirement que j’ai apprise dans le cadre de mon entraînement d’aïkido, question de mettre en marche mes vieilles articulations.

Deux mois après avoir fait les modifications de régime qui s’imposaient et après avoir adopté ce train d’exercices amélioré, j’ai perdu presque sept kilos et ma glycémie est retombée à la normale (et elle n’a pas bougé depuis un an). Je prends mes médicaments et deux autres remèdes : un pour le cholestérol et un autre pour protéger mes reins. Pour moi, le fait de vivre avec un diabète de type 2 signifie qu’il faut faire des choix axés sur une vie saine, tant sur le plan de l’alimentation que sur celui de l’activité physique. Bien qu’il n’y ait à ce jour aucune cure pour ce genre d’affection, je sais que je peux mener une vie normale si je m’en tiens à mon plan. J’ai d’ailleurs une équipe d’amis et de professionnels pour m’aider à rester dans le droit chemin. La vie est belle.

Vivre avec le diabète, c’est possible à condition d’adopter de saines habitudes de vie dès l’apparition de la maladie !

Dennis Adair, journaliste-pigiste vit depuis peu avec le diabète de type 2

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